Le Prieuré des Estourocs


Les Estourocs


Le Prieuré perdu …


         Au cours du XII ème siècle  la vie monastique en Auvergne est marquée  par les actions de deux moines défricheurs qui y fondèrent sept monastères Augustins, ordre catholique de religieux mendiants respectant le vœu de pauvreté et vivant donc d'aumône. Les augustins se vouaient surtout à la prédication. Bertrand de Griffeuille était l’initiateur de ce mouvement.

La vie de Bertrand de Griffeuille était restée complètement inconnue des biographes français. C'est M. Antoine THOMAS qui découvrit, dans un manuscrit du Vatican, la vie de Bertrand de Griffeuille et de Guillaume Robert, son disciple, relayé plus tard par M. Marcellin BOUDET dans la Revue de Haute Auvergne.  

Cette biographie, écrite par un moine anonyme du monastère du Pont au début du XIII ème siècle, raconte la vie de deux cénobites (religieux qui vit en communauté) construisant neuf monastères, dont sept en Haute Auvergne et deux dans les provinces limitrophes, s'acharnant à apporter la parole de Dieu et la civilisation dans les endroits les plus abandonnés.


La première tache de ces moines ouvriers est de bâtir un oratoire (édifice religieux consacré à la prière, petite chapelle) dans ces "déserts" de broussailles ou de bruyères. Puis viennent les abris pour les moines et les servants. Ainsi peu à peu se forme le monastère fournissant l'hospitalité pour le passant, l'aumône pour le pauvre, la médecine et la pharmacie gratuite pour les malades, les premiers éléments d'instruction pour les enfants.
 Le monastère c'est aussi le travail du sol, le progrès matériel et scientifique, la protection du faible avec, au-dessus de tout cela, l'idée de Dieu capable de pitié et consolateur. Pour subvenir à leur besoins les moines doivent défricher, ouvrir des clairières et cultiver. Les moines créent aussi  des étangs  ainsi que de nombreux sentiers pour accéder à des terres  jusque là hostiles
Les premières chapelles rurales étaient rarement des œuvres d'art mais de petites et simples constructions couvertes de chaume édifiées avec le concours de tous les bras.

Bertrand de Griffeuille est né à Civray dans le diocèse de Poitiers vers la fin du XIème siècle, peu avant la première croisade (1096/1099). Issu d’une famille noble, il choisit la religion. Ce choix le conduit sur les routes et chemins d’Auvergne, du Limousin et du Quercy. En quittant le Poitou il s'installe à l'abbaye bénédictine de Beaulieu en corrèze où il enseigne aux clercs.
Vers 1120 quittant l’abbaye, décidant de se vouer à la vie érémitique (vie que mènent les solitaires dans le désert), il part vers la Haute Auvergne, plus particulièrement le Cantal. Il se retire à Griffeuille dont il prendra le nom, au nord est de Monvert et il y bâtit une cabane. Bertrand s’inscrit alors dans ce mouvement général de l’époque de retraite en des lieux isolés, des déserts boisés.



 Il voulait y vivre en solitaire mais les habitants du voisinage, touchés par ses vertus, lui construisirent un oratoire dédié à Saint Jean-Baptiste, saint patron des ermites, autour duquel une petite communauté s'installe, formant un monastère.

C’est là que Guillaume Robert le rejoint. Guillaume est de la famille des Robert de Pleaux. Il devient  le compagnon de Bertrand de Griffeuille.

Bertrand de Griffeuille était secondé par la population mais aussi par les seigneurs du Pays, qui donnèrent une partie de leur patrimoine, souvent dans leur propre intérêt car la présence du monastère permettait un développement agricole sur leur terres et augmentaient les ressources en hommes et en argent et rendaient plus rares les famines. Les seigneurs continuaient de percevoir la taille, les dimes féodales et autres impôts.
Le seigneur du lieu, Guillaume de Griffeuille, damoiseau,  donna ses terres et ses biens à Bertrand, prieur de Griffeuille, sans en conserver ni redevance ni suzeraineté.
Dans un acte daté de 1121 il est indiqué  qu’il fait don à Bertrand et aux siens de terres : « confinées à l’est par le chemin allant du château de Pouls (commune d'Arnac) à Monvert, par un ruisseau dit de Las peyssas qui les séparent de Montvert et un point géographique portant le nom de Lestorrotz »
Le château de Poul, dont il ne reste que quelques pierres était situé sur une presqu'ile formée par la Maronne entre Savalaure et les bois du Raynal. Il a du exister trois châteaux distincts appartenant à des familles différentes.
Quant à la situation exacte du  prieuré de Griffeuille on sait qu'il était situé en Haute Auvergne. Bertrand le dédia à Saint Jean-Baptiste et le donna à l'Abbaye de la Couronne d'Angoulême peu d'années après sa fondation.
 D'après les archives du diocèse de St Flour, Griffeuille et son église ou sa chapelle de St Jean existaient encore a la fin du XVIII ème siècle. La donation de Griffeuille confirme la présence du prieuré proche de Montvert, canton de Laroquebrou.
En 1312 le prieuré des Estourocs, autre fondation de Bertrand était subordonnée à celui de Griffeuille


La communauté reçoit la visite d‘Etienne d’Obazine, né au Vielzot  à coté de Bassignac en Xaintrie. Il avait fait ses études au prieuré de Pleaux. Encouragé par Etienne de Mercœur il vient auprès de Bertrand suite à sa renommée grandissante.
Bertrand et Etienne se quittent quelques années après suite à une dispute sur la façon de suivre « la Voie ».
A la même époque des moines fuient Cluny et son confort pour trouver une vie plus stricte. Certain se réfugient dans le protestantisme. Les lieux les plus durs sont choisis, gorges, bords de falaises, landes arides.
Etienne d’Obazine était très exigeant dans la vie quotidienne, envers lui même et envers ses disciples. Il fut accueilli dans l’ordre de Cîteaux en 1147 par l’abbé Reinard de Bar.

Bertrand hérite des terres du seigneur Hugues de la Roche, seigneur de Maleville, et des terres de Lamarière aux confins su Rouergue et du Quercy, où il fondera le prieuré de Lamarière.
 Il hérite aussi du vicomte de Calvignac qui l’appellera sur ses terres d’Espagnac dans le Lot.
Guibert de Marcenat, propriétaire de vastes territoires fait venir Bertrand à Leynhac, canton de Maurs. Il lui donne terrains, pâturages, bois, pour que Bertrand établisse un nouveau monastère, près d'un pont jeté sur la Rance, qui sera dédié, comme les autres, à la Vierge Marie. La fondation de Notre Dame du Pont se fit sans doute la même année que celui d'Escamels en 1151, à Saint Saury, proche de Saint Mamet, un des plus importants de ses créations.

         Bertrand et ses disciples fonderont en tout neufs prieurés ou monastères, sept en Haute Auvergne dont : Escalmels, Le Pont (dont il reste une chapelle) et Vauclair et deux en Quercy : Notre Dame de Lamarière puis Notre Dame d'Espagnac.

Désireux de rester solitaire et de fuir les honneurs, Bertrand abandonne à son disciple Guillaume Robert la direction du monastère du Pont et remonte au-delà de Griffeuille en un lieu des plus sauvages du nom d'Estorrots " sur les bords d'un cours d'eau appelé Elsey (Etse)  et près d'une petite plaine."

 Ce sera sa dernière fondation. Il construit un petit oratoire  pour y vivre seul, sous le regard de Dieu.

En 1151 Bertrand, ermite des Estourocs, reçoit d’Aymeric, évêque de Clermont, la crosse et la mitre, insignes de la dignité abbatiale. L'évêque voulait le récompenser de ses mérites mais Bertrand décliné cet honneur et préféra se placer sous la dépendance des Augustins de Notre-Dame de la Couronne près d'Angoulême et leur donna tous ses biens.

D'après l'abbé J.B. Poulbrière (Dictionnaire des Paroisses) : " non loin de l'église de Saint Pierre (de la Maronne) devait s'élever la chapelle disparue de Saint jean des Estourocs mentionnée en 1348. Elle était le siège d'un petit prieuré rattaché au prieuré plus grand de Griffeuille en la paroisse de Monvert, l'un et l'autre sous la dépendance de l'abbaye de la Couronne "

C’est aux Estourocs que meurt Bertrand un 26 août, entre 1151 et 1159, alors qu'Etienne de Mercoeur est évêque de Clermont. Il mourut en présence de son disciple Guillaume Robert qui sur sa demande emporta son corps au monastère du Pont pour y être inhumé.

Lorsque la nouvelle du décès de Bertrand se répandit aux alentours des Estourocs, les seigneurs du pays se mirent à sa recherche. La possession du corps d'un saint était à la fois un grand honneur et un gros profit à cause de l'affluence des fidèles sur le lieu de sépulture. Mais Guibert de Marcenat leur barra le passage.

Un souvenir de Bertrand de Griffeuille est inscrit sur les voutes d’une chapelle de la Châtaigneraie, seul vestige de ce qui fut autrefois le prospère prieuré du Pont.

Chapelle Notre Dame du Pont à Leynhac



         Le prieuré d’Estourocs en 1312 dépendait de Griffeuille sur la commune de Monvert. La commune de Cros de Monvert se termine au Nord par la Maronne. Seul le pont qui relie Cros et Pleaux a gardé le nom d’Estourocs.

                   On retrouve trace de Griffeuille dans des actes notariés de Laroquebrou, de 1496 à 1498, en faveur du prieur de Griffeuille. C'est dans ce chef lieu de canton, pas très éloigné, que les prieurs venaient traiter leurs affaires ou régler leurs intérêts.
                   Au début du XXème siècle, Isidore CALLE, maire de Laroquebrou, passionné par l'histoire de sa région, voulu se rendre à Griffeuille, il en décrit la route avec beaucoup de détails dans la Revue de Haute Auvergne en 1912.
         Ainsi on peut situer le prieuré avec certitude. Du pont d'Orgon il faut prendre la route de Pleaux, laisser à droite le château de Bronugues avec sa chapelle,  à gauche le village de Sagnabous, puis celui de Monédières à droite. Arrivés à la Bitarelle, sommet de la côte depuis le Pont d'Orgon, on aperçoit le bourg de Monvert, ancienne ville forte jadis entourée de remparts et de fossés.
                   Après la Bitarelle la route s'enfonce dans la forêt de Mouix, à flanc de coteau, décrivant de nombreux lacets. A la lisière de la forêt on rencontre à gauche un sentier qui dévale vers un bas-fond où serpente un ruisselet, au bord d'un étang asséché. On est sur le site de Griffeuille.


                   L'étang est dominé par un promontoire qui s'étale en plate forme. C'est là que se trouvait les bâtiments du prieuré dont il ne reste, en 1912, que les fondations.
                   D'après la description de M. Isidore Calle, les bâtiments formaient un quadrilatère de vingt-cinq mètres de long sur vingt-trois de large. Sur la façade nord-est se détachait une tour carrée qui devait être le clocher de la chapelle. La façade sud, à l'opposé de l'étang, démunie de défenses naturelles était particulièrement forte. Les fondations étaient formées de blocs de schiste taillés en rectangle de un mètre de long.
                   Griffeuille était entouré sur trois cotés par l'étang retenant les eaux du ruisseau grâce à un barrage artificiel de sept à huit mètres de haut élevé à quatre cent mètres de là, en un point ou le vallon se resserre. Cet étang existait encore en 1765.
                   Lors de sa visite aux ruines de Griffeuille M. Cale découvrit une petite colonnette en trachyte (roche volcanique claire avec de petites paillettes noire) de cinquante centimètres  de haut composée de trois pièces séparées : base, fût et chapiteau.

         Le prieuré de Griffeuille fut détruit au cours des guerres de religion, principalement par les déprédations commises par les protestants, fortement établis dans la région. Le culte de la Vierge, lui, resta vivace dans le cœur des populations, se manifestant par les pèlerinages.
                   Mais au-delà des ravages des guerres sur la communauté monastique, il en est une plus profonde : c'est que ces missionnaires ruraux avaient accompli leur tâche. Ils avaient aidé à repeupler et fortifier les paroisses de ces régions déshéritées par la culture des esprits et du sol.
                   La chapelle était en ruine en 1604. Elle fut restaurée par les prieurs commendataires. Les biens du monastère, jadis considérables, n'étaient pas en meilleur état. Ne tirant plus de revenus suffisants, aucun prieur n'accepta la charge du monastère. Celui-ci tomba en régale comme bien abandonné (l'ensemble des droits et bénéfices étaient donnés au roi). Il fut mis en adjudication (enchères publiques) en 1789.
         Un prêtre du pays, Bernard Tissandier, se porta adjudicataire. Le village de Griffeuille existait encore. Le rêve de l'abbé Tissandier était de sauver la chapelle et de faire l'instruction chrétienne des habitants de deux ou trois hameaux voisins, trop éloignés de leur église paroissiale. Mais les charges étaient lourdes et l'abbé ne put sauver le prieuré. La Chapelle finit par s'écrouler totalement et il n'en resta que quelques pierres repérées par un instituteur au début du siècle. La Révolution, grande liquidatrice du passé, compléta l'œuvre du temps.
         Une légende raconte que les cloches de la chapelle, perdues dans l'étang tintent quand l'orage approche afin d'avertir les bergers.

                  L'étang, la chapelle, les biens et terrains de Griffeuille furent vendus comme bien national le 9 février 1791. Des laboureurs du village de Monédières l'achetèrent pour la somme de 1800 livres.
                    Vers 1828, lors de l'établissement du cadastre (cadastre Napoléonien) dans la région, les restes des bâtiments de Griffeuille étaient encore assez importants pour être relevés sur le plan communal de Montvert. Mais peu à peu les pierres seront emportées pour servir de matériaux à de nouvelles constructions. La forêt envahit l'espace autrefois enclos de murs et il ne restera rien de la fondation du moine Bertrand de Griffeuille en l'an 1120.
Plan cadastral Napoléonien, Commune de Montvert, 3 NUM1227/2, année 1830

                   Aujourd'hui, en 2009, grâce aux descriptions de M. Calle, nous avons retrouvé le site du prieuré. On devine aisément où se trouvait l'étang car la digue existe encore, partiellement détruite, le ruisseau ayant repris ses droits. Difficile de trouver  l'emplacement des bâtiments au milieu des bois mais nous avons pu situer le promontoire où maintenant  le seul clocher est un pylône EDF qui domine le vallon.  A ses pieds deux petits étangs sont quasiment envasés mais la topographie des lieux confirme bien la présente de l'étang primitif sur trois côtés. Le promontoire est aussi le seul endroit où il y a quantité de pierres particulièrement du schiste.
                   Mis à part la tranquillité et la beauté du lieu, il ne reste rien du prieuré de Griffeuille.


En ce qui concerne le site d'Estorrotz où Bertrand termina sa vie, il est bien difficile de le situer avec précision car aucune archive  n'en décrit l'emplacement exact.

Dans les divers documents consultés, Estourocs s'écrit de différentes orthographes : Estourocs, Estourrotz, Lestorot,  
En fait les Estourocs ou Estourrotz  étaient un vaste territoire qui s'étendait le long de la vallée de la Maronne à  l'Est jusqu'à la jonction des rivières de l'Else (aujourd'hui Etze) et de la Bertrande sur la commune d'Arnac et à l'Ouest  jusqu'à la limite du Limousin, à environ huit kilomètres de là.
 Cette région déserte des Estourots, couverte de rochers et de bois englobait la partie orientale de la commune de Cros de Monvert, remontait sur le plateau jusqu'au village de Trémouilles et celui du Monteil et  une partie de la commune d'Arnac.
 Le pont sur lequel la route d'Aurillac à Pleaux franchit la Maronne a toujours porté le nom de pont des Estourocs et le porte encore, à une lieue du gué de la Gineste, village de la commune d'Arnac. Ce pont sert de limite aux départements du Cantal et de la Corrèze, c'est l'extrémité ouest des Estourocs auvergnats.


 A l'extrémité Est il existe un autre pont. Il  enjambe l'Etse, appelé sur divers documents "pont des Estourocs" car l'actuel pont des Estourocs avait été emporté par une inondation. Ce pont sera appelé  plus tard pont du Rouffet  car construit proche du village de ce nom sur la commune d'Arnac. Il était : "situé sur la rivière d'Etse et celle de la Bertrande, deux arcades sur l'Etse et une autre sur la Bertrande". Durant un temps les riverains de la Basse Maronne, les riverains limousins, donnaient à la rivière le nom d'Etse jusqu'à Argentat car ils la considéraient comme la rivière maitresse des Estourocs, recevant la Bertrande puis la Maronne.
        

Pont du Rouffet
Le cadastre Napoléonien datant de 1829 nomme lui aussi la Maronne : Rivière d'Etze. J.B. Déribier, dans son Dictionnaire Statistique du Cantal datant de 1824 parle de la "rivière de Detze" et "du ravin de la Detze" : la Detze dont le lit profond est semé des rochers …
Il y a donc eu successivement deux ponts des Estourocs, aux deux extrémités du territoire. Le plus ancien prit le nom de pont du Rouffet et l'autre établi en aval sur la Maronne au bas du bois des Estourocs, retenant le nom du territoire qu'il porte encore.
Le prieuré des Estourocs situé " sur les bords d'un cours d'eau appelé Elsey (Etse)  et près d'une petite plaine " serait en fait au bord de la Maronne.

Vers 1700 une maison fut construite sur la rive droite de la Maronne a quelques pas du pont des Estourocs actuel et en a pris le nom, mais elle se situe en Corrèze, commune de St Julien aux Bois. La grange qui en dépend n'est éloigné que d'une trentaine de mètres et se situe dans le Cantal (Voir plan établi a l'époque par le maire de Pleaux).




Le Pays des Estourocs comprenait, en plus des bois de la rive gauche de la Maronne, une partie du versant droit de la gorge dans la commune de Pleaux. Plus loin se trouvait un territoire moins étendu dont le nom ancien "Eschênes" est resté au village  d'Enchanet.

Des documents de l'Abbaye de la Couronne placent le prieuré des Estourocs sans le diocèse de Saint-Flour. Ces termes excluent la présence du prieuré dans  la paroisse de Pleaux qui dépendait du diocèse de Clermont. Ils nous le situent plutôt dans les Estourocs de Cros de Monvert, membre du diocèse de St Flour, au milieu de la terre féodale de Pénières. Une carte de Cassini situerait une chapelle près du village de Trémouilles sur la commune de Cros.

En effet dans la Revue de Haute Auvergne de 1908 , Marcellin Boudet indique : "une carte de Cassini marque d'une croix près du village de Trémouilles l'existence ancienne d'une chapelle et un peu au-dessous dans son bois des Estourocs, un assez vaste quadrilatère allongé et très régulier, à l'aide de quatre lignes de pointillés qui représentent peut-être l'emplacement de l'ancien monastère et du village formé autour de lui."



J.B. Déribier dans son Dictionnaire cite Trémouille avec ce commentaire : "ce village était situé près du ruisseau de St Rouffy et du grand chemin. Le bois dit de l'Estouroc, ancien repaire de voleurs, commence là, et couvre les gorges profondes de la Maronne en descendant jusqu'à la rivière."


En 1726 un paysan découvrit dans l'anfractuosité d'un rocher du bois des Tissonières, à égale distance d'Estourocs et d'Enchanet une statue de la Vierge. En 1727 l'évêque de Clermont inaugure un oratoire consacré à  Notre Dame de la Guérison à Enchanet pour abriter la statue miraculeuse. Agrandie plus tard, elle devint une petite église chef d'une paroisse succursale de Pleaux.



La statue fut dès lors l'objet d'un pèlerinage qui attire encore de nos jours de nombreux pèlerins le 8 septembre de chaque année.
Il est infiniment probable que la Vierge d'Enchanet n'est autre que la Vierge des Estourocs  de Bertrand de Griffeuille

Durant les guerres de religion le pays subit beaucoup de destructions dont celles de nombreux oratoires ruraux. On sait avec quel soin les fidèles réussirent à cacher les statues honorées, à les soustraire à la destruction. Les madones se retrouvaient ensuite, l'orage apaisé, dans quelque coin du voisinage.
Parfois ces lieux restaient longtemps ignorés parce que la mort avait surpris ceux qui l'avaient cachée avant qu'ils ne puissent en révéler la cachette.
 Une aventure analogue est-elle arrivée à la Vierge des Estourocs devenue la Vierge d'Enchanet ?



                                          Chapelle du Rocher


Notre Dame de Guérison

        
         C'est en 1726 qu'un soir d'automne un mendiant demanda "la retirade"
-l'hospitalité- à une famille du village. Il fut reçu en ami, partagea le frugal repas et participa à la prière du soir. Pour les remercier de leur accueil, de leur charité et de leur foi le vieillard leur révéla la présence d'une statue de la Sainte Vierge dans une anfractuosité du grand rocher de Las Tissonières." Vous l'invoquerez sous le titre de Notre Dame de Guérison. Elle sera votre sauvegarde, votre consolation et votre gloire. Tout ce que vous demanderez à Dieu de juste et de raisonnable, elle l'obtiendra, pourvu que vous le demandiez avec foi et contrition de vos péchés."
         Le lendemain tout le village s'achemina vers le rocher où l'on découvrit dans une niche tapissée de mousse une statue de la Vierge, taillée dans un bois grossier, naïvement peinte et pauvrement parée.
         La nouvelle de la pieuse découverte se répandit vite et de tous les villages voisins on accourt et on prie. Rapidement plusieurs faits miraculeux surviennent.
         Monseigneur Massillon, évêque de Clermont, devant le caractère de foi, de simplicité et de pureté d'intention de la pieuse dévotion, ordonna une procession générale pour transporter la statue miraculeuse en l'église paroissiale de Pleaux. Le jour venu les habitants d'Enchanet attristés, suivis d'une foule venue de tous les coins du canton, accompagnèrent la statue. Lorsque la procession arriva au village d'Enchanet, le ciel se couvrit de nuages épais, le tonnerre gronda et les éclairs redoublèrent. Le pasteur présidant la cérémonie s'arrêta et déclara : " Enfants d'Enchanet, le ciel parle pour vous. Vous garderez l'image de votre mère. Je la confie à la maison Pomeyrol."
         Enchanet, fier de son trésor, bâtit dès 1727, grâce au concours empressé de tous, un modeste sanctuaire agrandi plus tard d'un campanile. La petite église devint la gardienne de la statue miraculeuse. Celle-ci ne sortira de son logis qu'une fois par an, le huit septembre, pour aller en solennel pèlerinage vers le rocher auprès duquel elle fut trouvée.
         Ainsi à l'image des nombreux pèlerins qui depuis plus de 250 ans ont prié au milieu des chênes et des bruyères, c'est une assemblée  recueillie qui confie ses prières à la Vierge Marie à chaque fête de la Nativité de Notre Dame.
Après avoir traversé en procession  la lande mauve au rythme des chants et des Ave Maria la messe est célébrée au pied du Rocher. Et chaque pèlerin  repart, un bouquet de bruyère à la main et le cœur rempli de paix.




Ancien et nouveau pont des Estourocs sur la Maronne.


Lors de mes recherches j'ai pu constater que suivant les époques et les documents consultés, les noms des villages, des ruisseaux et des rivières, ne sont pas les mêmes ou sont orthographiées de façon différente. Il faut connaître la région pour s'y retrouver !
La Maronne, je le confirme, est nommée au cours du temps  Eytse ou Rivière des Estourocs , le tout avec plusieurs orthographes. Sur le cadastre Napoléonien on retrouve le nom d'estourocs pour des chemins entre Enchanet et St Christophe les Gorges, ainsi que sur la commune de Cros de Montvert, cela prouve bien qu'à l'époque les Estourocs étaient une appellation pour un territoire bien plus grand qu'aujourd'hui.
 Mais à mon grand regret, sur aucune carte, que ce soit de Cassini ou du cadastre, je n'ai encore trouvé trace du prieuré des Estourocs, si ce n'est ce point entre Trémouilles et Lacan, mais il me parait trop éloigné de la rivière.
J'aurai aimé le trouver sur la rive droite de la Maronne, proche des chemins que j'ai tant parcouru depuis mon enfance. Mais la logique voudrait qu'il soit plutôt sur la rive gauche, coté Cros de Montvert. Il n'en reste certainement que quelques pierres couvertes de mousse perdues au fond des bois ….
 La recherche sur le terrain sera longue et ardue, vu la topographie du terrain pour trouver ce "lieu des plus sauvages du nom d'Estorrots sur les bords d'un cours d'eau appelé Elsey et près d'une petite plaine."





Cadastre Napoléonien, commune de Cros de Montvert, Creste

Cadastre Napoléonien, 3 NUMn1149/1 , 1829


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